| En parcourant l’ouvrage de Monsieur Arnaud Miranda, je n’ai pas souhaité effectuer un commentaire qui ne serait pas crédible puisqu’il m’est personnellement impossible de vérifier les informations formulées par l’auteur de cet essai.
Par contre cet ouvrage m’est apparu comme faisant partie « des indispensables » et Monsieur Arnaud Miranda (philosophe, docteur en sciences politiques et certainement geek certifié) pourrait être volontairement ou à son insu, un véritable lanceur d’alerte. C’est pourquoi il m’a semblé utile d’écrire quelques lignes sur cet ouvrage qui s’adresse à chacune et/ou chacun d’entre nous.
Avoir la prétention de vouloir résumer le livre de Monsieur Arnaud Miranda serait – pour ma part – également irresponsable compte-tenu du niveau d’érudition de l’auteur dont l’ampleur des connaissances qu’il divulgue procède de « l’insondable multidisciplinarité ». J’ai donc suivi la ligne directive de cette œuvre en question en reformulant simplement quelques éléments clés tout en les « interprétant » afin d’inviter mes lecteurs à acquérir et à lire cet essai pour qu’ils parviennent à témoigner du monde qui pourrait advenir si nous n’y prenions garde.
Nous sommes à Washington en l’an 2035 ?!… Quelques lignes simplement pour définir les contours d’un monde nouveau imaginé par Arnaud Miranda, monde anti-démocratique dirigé par un monarque absolu fabriqué de toutes pièces par quelques groupuscules issus du « lobbying entreprise » en relation avec certaines élites de la société numérique de la Silicon Valley. Plus de crimes, plus de chômage, mais un état prospère défiant toutes les nations du monde sous le contrôle « d’un roi » dont l’autorité réitère son pouvoir sur des écrans publicitaires rappelant son omniprésence au centre de cette nouvelle nation fictive dotée de tours immenses de voitures volantes sans pilote évoluant dans une nature transfigurée par la grande restauration qui fit des états unis 2035 la « US SovCorp » l’état entreprise le plus riche du monde. Mais cette brève et inquiétante histoire FICTIVE n’est que l’introduction du très sérieux essai réalisé par Monsieur Arnaud Miranda.
D’après les informations réceptionnées sur internet, Arnaud Miranda serait docteur en théorie politique, associé à CEVIPOF (Sciences Po). Après des études de philosophie et de sciences politiques il aurait obtenu le prix de jeune chercheur à la Fondation des Treilles en 2024 pour sa thèse intitulée : les pensées contemporaines de la décadence : un imaginaire antidémocratique. Il enseigne depuis 2019 l’histoire des idées politiques et la philosophie à Sciences Po, à l’université Versailles Saint-Quentin et à l’Institut catholique de Paris.
Après un bref rappel de la situation politique aux USA suite aux présidences Barack Obama/ Joe Biden, Arnaud Miranda s’évertue à vouloir nous expliquer les concepts qui ont vu émerger les divers mouvements de la droite AMÉRICAINE actuelle.
Trump à la maison blanche en 2016 lors de son premier mandat avait sidéré l’Amérique démocratique en s’inspirant des idéologies chaotiques du ALT-RIGHT promues par Steeve Banon qui affichait un soutien de plusieurs personnalités associées aux mouvements populistes de droite radicale et d’extrême droite. C’est pourtant en partie grâce à Steeve Banon que Trump aurait réussi son ascension fulgurante pour accéder à la présidence de la Maison Blanche. Devenu conseiller présidentiel au lendemain des élections qui instituèrent Donald Trump à la présidence des États-Unis en 2016, il ne restera que 6 mois au poste qui lui avait été décerné. Cependant cet ancien conseiller restant fidèle à ses convictions enclenchera l’assaut du Capitole en Janvier 2021 lors de la présidence démocratique de Joe Biden ce qui demeurera presque un aveu d’échec pour l’idéologie du alt-right trop fracturée dans un premier temps pour élaborer une assise anti-démocratique susceptible de renverser le pouvoir Biden de cette époque. Cette idéologie demeure cependant l’un des fondements des lumières sombres soit du mouvement néoréactionnaire.
Mais revenons à la thématique abordée par cet essai qui incite Monsieur Arnaud Miranda à réévaluer les diverses mouvances de droite aux États-Unis. Les conservateurs pourraient être définis comme protectionnistes d’un ordre social établi tout en acceptant par contrainte d’intégrer les mouvements démocratiques et libéraux constitutifs d’une évolution sociétale déjà acquise. Les réactionnaires au contraire veulent renverser ces régimes pour rétablir un ordre social passéiste en prônant des valeurs tels que la hiérarchie, et le respect de l’autorité et des privilèges. Les conservateurs et les réactionnaires sont sur le versant social, critique de la modernité bien que les conservateurs montrent à cet égard une attitude plus nuancée.
Les libertariens américains quant à eux optent pour un courant qui valorise les compétences individuelles, la famille, le patrimoine et la religion. Ils ne se préoccupent pas ou peu de la notion de partage et d’égalité et lui préfèrent la liberté d’entreprendre et « » sur l’état de droit.
Certains libertariens veulent rompre avec la démocratie tel Hoppe qui prône l’anarcho-capitalisme et qui ouvre la voie à une nouvelle génération qui va donner les rênes à un certain Milton Friedmann créateur du projet « seateading » ayant pour intention de créer des plateformes afin d’accueillir des micros états dans l’État. Son initiative est financée par le milliardaire PETER THIEL. Selon Friedmann le système démocratique s’avère incompatible avec un état libertarien. Cette position post-libertarienne serait à l’origine de la pensée NÉORÉACTIONNAIRE dont Curtis Yarvin, libertarien déçu, serait le principal fondateur.
Si L’année 2010 voit émerger en Amérique la structuration du mouvement RÉACTIONNAIRE, concomitant au développement de l’ALT-RIGHT qui joua un rôle prépondérant dans la victoire de Trump lors de son premier mandat. La NÉORÉACTION n’en est alors qu’à ses balbutiements mais certains réseaux d’acteurs vont développer leur influence politique qui participeront discrètement à l’accession de Trump à la maison blanche pour son deuxième mandat.
Le mouvement de la NÉORÉACTION est interdépendant de celui de l’ALT-RIGHT tous deux antidémocrates. Ils révèlent toutefois des formes de pensée qui divergent sur certains aspects de réalité. l’ALT-RIGHT est une formation politique populiste et ethnonationaliste ; ces deux options n’entrent pas dans le courant néoréactionnaire américain.
Libertarien déçu, Curtis Yarvin, quant à lui, se dit « passiviste » et ne cherche pas à « convoquer » la masse disparate des internautes, il intervient sur les réseaux sociaux américains, par l’intermédiaire de blogs qui s’adressent à l’élite intellectuelle et notamment à la caste des entrepreneurs « géniaux » et « imaginatifs » dont les projets seraient contrecarrés par l’état, les taxes, la régulation, la redistribution c’est-à-dire la nature même de la démocratie. D’abord connu comme blogueur sous le nom de « Mencius Moldbug » Curtis Yarvin est devenu le collaborateur idéal pour fonder la légitimité de Trump lors du second mandat présidentiel de ce dernier.
Selon Arnaud Miranda, le style littéraire (utilisé dans les blogs de Moldbug) se veut parfois ironique voire outrancier pour défendre une cause idéologique qui lui est acquise mais qui peut paraître à certains scandaleuse tant elle est audacieuse et dépourvue d’empathie.
Ancien libertarien Yarvin excelle à remettre en question son appartenance à un mouvement qui ne produit pas la liberté d’entreprise attendue. Selon cet idéologue les libertariens ne seraient pas rassembleurs, leurs positionnement anarchiste pour la droite classique apparaît inacceptable et la défense du libre marché sonnerait comme une offense pour les gauchistes. Yarvin dessine donc une théorie qui pourrait enclencher une liberté contrôlée.
Fort de cette inspiration Yarvin affirme que « l’esprit libertarien » ne peut être introduit que par l’existence d’un état souverain assurant la paix, la liberté, le « droit » et la sécurité. Ce revirement réactionnaire ne constitue pas une trahison pour Yarvin mais une concrétisation politique de l’état libertarien.
Outre l’instabilité politique du régime actuel aux USA. les mouvements qui lui ont donné naissance nous interpellent et peut-être plus spécifiquement les idéologies de Yarvin et de Land c’est-à-dire des deux néoréactionnaires vraiment reconnus et mentionnés comme tels par Monsieur Arnaud Miranda.
La théorie de Yarvin s’appuie sur les trois principes fondamentaux suivants : la consécration du formalisme, la négation de la « cathédrale », et le renversement de la démocratie.
– Le FORMMALISME (selon Moldbug) serait la seule solution pour allier prospérité et stabilité politique. Pour cet intellectuel, l’incertitude crée le conflit.
Pour éviter l’instabilité issue du conflit, il faudrait stipuler des normes de propriété qu’il suffirait de réguler opportunément sans se soucier des questions de légitimité antérieure sans se soucier non plus de notions d’éthique qui contribueraient à questionner donc à créer l’incertitude et par voie de conséquence à inviter le conflit. Cette notion de propriété individuelle « normalisée » serait valable et inclurait les mêmes enjeux et procédures pour la propriété de l’État américain ce qui par voie de conséquence pourrait mettre en danger la permanence de nos institutions démocratiques européennes et menacer d’appropriation les nations n’ayant pas la possibilité de s’affirmer telle une « grande puissance » pour faire face à un tel défi.
La CATHÉDRALE quant à elle constituerait une pyramide étatique dont « l’origine progressiste » en assurerait le fondement. La liberté, l’égalité, la fraternité, la justice….sont pour Yarvin des artifices issus de la religion chrétienne qui ne serait qu’un idéal – par anticipation – caduque car impossible à concrétiser. Le maintien de la « cathédrale » détruirait – selon Moldbug – toute possibilité de libre enrichissement individuel et/ou collectif.
En ce qui concerne la DÉMOCRATIE qui découle de cette pyramide étatique de cette cathédrale engluée au sein de fondements idéologiques idéalistes il faudrait tout simplement – toujours selon cet idéologue – l’éradiquer. Yarvin nous donne le schéma exécutoire du renversement de la démocratie. Scénario – à mon humble avis – cauchemardesque pour un occidental un tant soit peu civilisé !.. Pour Yarvin (alias : Moldbug), il suffirait de repérer, de rassembler et de former quelques blogueurs parmi les élites les plus avertis de « la tech » afin de créer un réseau de communication, hermétique et indépendant de la masse du peuple pour élaborer un projet secret capable d’opérer un changement de régime par élimination du cœur de ce dernier c’est-à-dire de « LA CATHÉDRALE ». Pour ce faire…remplacer l’appareil d’État par un super PDG capable de prendre la main sur le budget, les politiques publiques et le personnel ; nationaliser la presse et les universités afin de « cadenasser » les pouvoirs de l’état en place dans le but de le renverser…constituerait les modes d’action à adopter. Mais là encore Yarvin s’avère sceptique quant à la possibilité de renverser DÉFINITIVEMENT ou plus exactement « DURABLEMENT DÉFINIMENT » les fondements et les pouvoirs de ce qu’il nomme « LA CATHÉDRALE ».
La théorie de Land, philosophe néoréactionnaire (dont le nom a été évoqué précédemment) paraît de prime abord encore beaucoup plus déstabilisante, futuriste UTOPISTE que celle de Moldbug puisque Monsieur Land introduit LA SCIENCE FICTION au sein de son système de pensée. Philosophe issu de la tradition continentale, Land s’exprime dans un style hermétique difficile à démystifier. Son évolution d’une gauche avant-gardiste des années 1990 à une droite néoréactionnaire peut paraître difficilement compréhensible mais rien n’est figé sur le plan de notre existence terrestre et Monsieur Land suivant les préceptes de Deleuze dont il pourrait prétendre être le disciple rejoint, dépasse et prolonge finalement l’idéologie de Nietzsche qui axait sa pensée sur la négation de la métaphysique pour créer un SURHOMME réalisateur de « sa volonté de puissance ». Land se dit néoréactionnaire « accélérationniste ». La pensée de Kant lui sert de socle de base pour élaborer sa stratégie philosophique.
Pour Kant « tout ce qui dépasse le régime légitime de la connaissance empirique « LE NOUMÈNE », n’est pas accessible à l’entendement à l’opposé du « PHÉNOMÈNE » qui serait le domaine du connaissable. » Land va s’employer à briser la barrière entre le NOUMÈNE et le PHÉNOMÈNE en s’appuyant sur la triade : BATAILLE/DELEUSE/GUATTARI, philosophes qui se sont tous les trois efforcés à défaire le nœud kantien.
Pour Land, seul le MOUNÈME serait digne d’intérêt puisque le but de la philosophie serait justement d’accéder à sa découverte de manière accélérée (accélérationnisme).
Pour ce faire un changement de politique – s’avère pour lui – inévitable c’est pourquoi Nick Lang initialement progressiste va adhérer » (contrairement à la triade philosophique) évoquée ci-dessus « en toute conscience » à une forme de capitalisme expansionniste exponentiel très énergivore agissant inévitablement dans le sens de son propre anéantissement et de celui de l’humanité telle que nous la connaissons.
Face à cet effondrement, l’homme pour survivre n’aurait d’autre solution que de rompre DÉFINITIVEMENT avec la cathédrale de YARVIN afin de permettre à l’élite intellectuelle de faire sécession pour créer une nouvelle espèce supérieure grâce aux progrès de la manipulation génétique et de la technologie. Ce nouveau concept inégalitaire eugéniste visant à la création d’une créature humanoïde biotechnologique supérieure au groupe social « lambda » relève d’une idéologie que Land nomme sans complexe « hyper raciste » et qu’il appelle de ses vœux.?!… D’après Arnaud Miranda Yarvin et Land sont les deux figures néoréactionnaires les plus médiatisées. Yarvin propose une idéologie qui s’avère déjà presque réaliste tandis que Land s’est tourné vers un devenir hallucinatoire qu’il souhaiterait advenir mais qui relève de la pure fiction.
Entre ces deux mouvements d’autres penseurs néoréactionnaires émergent, tous revendiquent l’absolu nécessité d’une abolition de « la cathédrale » pour que l’élite intellectuelle prenne le pouvoir et déconstruisent notre vieux monde démocratique pour accéder à une nouvelle ère basée sur l’eugénisme.
Très complexe, l’essai de Monsieur Arnaud Miranda nous permet toutefois d’entrevoir les limites de la démocratie à laquelle certains états dont la France fondent encore leurs espérances. Cependant les idéologues néoréactionnaires qui nous plongent dans un monde d’épouvante pourraient voir leurs efforts contre-productifs en éveillant chez les élites intellectuelles moins délirantes une contre-réaction néoréactionnaire savante imaginative et participative d’un mouvement évolutif, futuriste modéré mais surtout fraternel et respectueux des droits de l’homme sachant qu’en l’absence de ces cerveaux bien- pensants/bienfaisants que nous sommes toutes et tous en droit d’attendre l… certains citoyens – de tous bords – non invités aux agapes eugénistes pourraient se risquer à investir leur puissance dans une nouvelle révolution non souhaitable mais pouvant toutefois induire un sursaut de réalisme et d’humanisme désespéré afin de sauvegarder la Vie au sein et au delà de nos frontières. |